Notre petite histoire

Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence sont nées en 1979 avec quatre bons copains. Un jour de Samedi Saint, ils ont revêtu les authentiques robes de nonnes. Armés de mitraillettes en plastique rose, ils/elles déboulent dans Castro, la Mecque gay et lesbienne de San Francisco. Et là, ô stupeur, les garçons et les filles affluent vers ces personnages hauts en couleurs et en cris et commencent à se confier à celles qui devinrent nos Trois Frondeuses.

Les Fondeuses

En effet, l’idée a immédiatement permis de répondre à un besoin d’écoute que l’on rencontre encore aujourd’hui dans chacune de nos actions. Ecouter sans juger, donner l’occasion à la parole sans intention autre que de donner du bien-être à l’interlocuteur. Un an plus tard, le nom de « The Sisters of Perpetual Indulgenge Inc. » est créé et déposé, les actions de récolte de fonds au profit des malades du cancer commencent, elles participent aussi aux manifestations contre le nucléaire. Rappelons que nous sommes en l’an 10 de l’après Stonewall (1979), que l’épidémie de sida ne fait pas encore ses ravages. Les interventions de nos Sœurs se fondent sur deux vœux principaux : « expiating stigmatic guil » et « promulgating universal joy ».

L’expiation de la culpabilité stigmatisante doit permettre à toutes celles et ceux qui souffrent de la haine des autres et de la haine de soi-même de rejeter les fondements de base de la société patriarcale visant à diviser le monde en deux catégories, le mâle hétérosexuel dominant et les restes de l’humanité. Dans ces restes, se trouvent pêle-mêle les femmes, les homosexuels et tout ce qui rentre dans le moule conçu pour humilier les individus et détruire toute velléité de révolte.

Sœur Vicious PHB

L’Ordre commence à se répandre sur la planète entière (Grande-Bretagne, Australie, Canada, Amérique du Sud, Irlande du Nord…) et en 1989, nos aînées françaises prennent contact avec la Maison Mère de San Francisco lors d’un voyage qui n’était pas initiatique pourtant ! L’année suivante, Sœur Rita du Calvaire de Marie-Madeleine car-Elle-aussi-a-beaucoup-souffert, Sœur Thérèse Ravière de Cul et Lard, Sœur Marie Mongolita des Fientes, Sœur Ginette de la Vache Molle et Sœur Plat-du-Jour/Tous-nos-Prix-sont-nets sont les premières Françaises élevées dans l’Ordre des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence. Le Couvent de Paris est élevé devant l’église de la Sorbonne et depuis nous continuons notre inexorable extension.

Contrairement à ce que notre follitude peut laisser imaginer, nos couvents et prieurés de France sont constitués dans le cadre juridique strict des associations. À cet effet, chaque couvent ou prieuré est une association indépendante. Le Couvent de Paris et le Couvent de Paname (Paris), le Couvent du Nord (Lille), le Couvent des Chênaies (Aix-en-Provence), le Couvent des Traboules (Lyon), le Couvent des 69 Gaules (Lyon),  le Couvent d’Oc (Montpellier),.

Comme toute structure associative, nous nous fondons sur le bénévolat. Il n’y a pas de salarié(e) chez les Sœurs. Nous nous réunissons au sein de nos couvents et prieurés une fois par mois au moins en Chapitre, en synode une à deux fois par an, en fonction de l’actualité, en Concile et, au niveau international, une fois tous les deux à trois ans, en Conclave. Ce sont souvent des moments très forts où le sens de notre engagement prend une dimension toute autre, du fait du nombre de Sœurs présentes à ces rassemblements. En outre, nous fonctionnons régulièrement en inter-couvent sur des moments phares de notre vie : séjours de ressourcements organisés deux à trois fois l’an pour les personnes touchées ou concernées par le VIH, Universités d’Eté à Marseille, Marches des Fiertés, festival Solidays sur l’Hippodrome de Longchamp…

Le nombre de nos Sœurs n’est connu de personne, exceptée probablement de Sainte Pouffe, patronne des couvents de France. L’engagement chez les Sœurs est avant tout une démarche personnelle et donc individuelle. Certaines Sœurs sont en habit une à deux fois par an, d’autres une à deux fois par semaine. Celles qui veulent prendre un peu de recul par rapport à leur engagement ou se reposer sur un période indéterminée se mettent en congélation ou en lévitation, elles comptent cependant dans nos effectifs bien qu’elles ne sortent pas ou très peu. Enfin, les postulantes (premier stade avant de porter le voile blanc de la novice puis le voile noir de la Sœur et de prononcer ses Vœux Perpétuels et son Serment d’Allégeance) comptent en tant que civils dans nos effectifs mais ne sont pas encore des personnages à part entière.

L’une des actions importantes des Sœurs de France consiste en l’organisation de séjours de ressourcement, organisés deux à trois fois l’an, à destination des personnes touchées ou concernées par le VIH. Nous en avons fêté les quinze ans l’année dernière. De nombreuses personnes, gays, lesbiennes, bisexuel(le)s, tox, transgenres, indéterminéEs, hétérosexuel(le)s, adultes, enfants, ont pu partager durant tous ces séjours le quotidien et la folie des Sœurs. Autre succès, dans un autre registre, tenir debout toute une nuit sur nos talons aiguilles. Mais aussi, lors de toute action, ce petit sourire que l’on voit parfois naître sur les lèvres d’un garçon ou d’une fille accoudé(e) au zinc du comptoir et qui avait l’air si malheureux avant notre arrivée dans le bar.

Sœur Rita, ArchiMère

Sœur Rita, ArchiMère

Enfin, sur le personnage de la Sœur, nous avons choisi l’image de la nonne qui, dans l’inconscient collectif, reste une figure de bonté, d’amour et de don de soi. Nous ne cherchons en rien à les ridiculiser. Et les Sœurs en habit que nous rencontrons dans la rue ou dans le métro ne nous ont jamais jeté de pierres. Le dialogue s’est créé à maintes reprises et nous vivons toutes ces petits moments comme des instants de grâce.